Summer body : les Français n’ont jamais autant surveillé leur poids

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Une étude Ifop pour Darwin Nutrition montre que la pression sur l’apparence progresse fortement, malgré la diffusion du discours body positive.

À l’approche de l’été, le sujet revient chaque année. Les vacances, la plage, les tenues plus légères et l’exposition du corps remettent la question du poids au centre des préoccupations. Mais l’étude Ifop réalisée pour Darwin Nutrition montre que ce phénomène n’est plus seulement saisonnier. Il s’inscrit dans une tendance de fond : les Français portent aujourd’hui un regard beaucoup plus sévère sur leur silhouette qu’il y a vingt ou cinquante ans.

Selon cette enquête menée auprès de 3 004 personnes, 61 % des Françaises se trouvent aujourd’hui trop grosses, contre 41 % en 2001 et 36 % en 1997. Le mouvement concerne aussi les hommes : 48 % d’entre eux se jugent trop gros, contre 34 % en 2001. Le rapport au poids reste donc plus marqué chez les femmes, mais il se masculinise nettement.

Le premier enseignement de l’étude est là : la préoccupation corporelle ne recule pas à l’ère du body positive. Elle progresse. Le discours d’acceptation des corps s’est imposé sur les réseaux sociaux, dans les médias et dans certaines marques. Mais il ne semble pas avoir fait disparaître les réflexes de comparaison, ni l’objectif de minceur.

François Kraus, directeur du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » à l’Ifop, résume ce paradoxe : « Près de dix ans après #MeToo et l’essor d’une parole féministe sur le corps, et en plein moment body positive, on aurait pu s’attendre à un apaisement du rapport des Français à leur poids. C’est l’inverse que révèle cette étude : jamais, depuis un demi-siècle, ils ne se sont autant trouvés trop gros. »

Cette évolution ne peut pas être réduite à une simple hausse du surpoids dans la population. L’étude montre que le sentiment d’être trop gros touche aussi des personnes dont l’indice de masse corporelle est considéré comme normal. Chez les femmes ayant un IMC normal, 36 % ont tout de même l’impression d’être trop grosses. Et à l’approche de l’été, un tiers des femmes ayant un poids normal déclarent vouloir maigrir.

Le ventre apparaît comme le principal point de fixation. 76 % des Français souhaitent mincir du ventre, contre 28 % en 1979. Cette préoccupation est désormais presque aussi forte chez les hommes que chez les femmes : 72 % des hommes et 78 % des femmes disent vouloir perdre du ventre. Le bas du corps, en revanche, reste un sujet beaucoup plus féminin : les cuisses, les hanches et les fesses continuent d’être davantage surveillées par les femmes.

L’arrivée de l’été joue un rôle d’accélérateur. 40 % des Français se disent plus attentifs à leur ligne à l’approche des vacances, contre 22 % en 1979. Là encore, l’écart entre les sexes reste net : 47 % des femmes se disent concernées, contre 33 % des hommes. Plus largement, 38 % des Français souhaitent perdre du poids avant les vacances d’été, soit près de deux fois plus qu’à la fin des années 1970.

Le phénomène est particulièrement visible chez les jeunes et chez les personnes exposées aux contenus beauté ou fitness sur les réseaux sociaux. Parmi les femmes de moins de 35 ans, 66 % consultent des contenus beauté, 62 % suivent des comptes d’influenceurs sport ou fitness et 51 % regardent des images de corps « parfaits » auxquels elles aimeraient ressembler. L’étude met ainsi en évidence un lien entre consommation de contenus liés à l’apparence et attention accrue au poids.

Le body positive n’a pas disparu pour autant. Il recueille un soutien mitigé dans l’ensemble de la population, avec 52 % d’adhésion, mais il est très présent chez les plus jeunes : 74 % des 18-34 ans déclarent adhérer à ses valeurs. Le point intéressant est que cette adhésion ne s’oppose pas forcément aux pratiques de contrôle du poids. Les femmes favorables au body positive sont aussi nombreuses que les autres à vouloir perdre du poids avant l’été.

C’est l’un des enseignements les plus modernes de cette étude : les comportements ne sont pas toujours cohérents avec les discours. On peut défendre l’acceptation de tous les corps, tout en continuant à surveiller son propre poids. On peut critiquer les normes de beauté, tout en consommant des contenus beauté. On peut rejeter les injonctions, tout en cherchant à s’y conformer partiellement.

Les solutions envisagées pour maigrir montrent aussi une transformation du marché du bien-être. Le régime strict n’a pas disparu, mais il n’est plus présenté comme la voie principale. Parmi les personnes souhaitant perdre du poids avant l’été, 85 % déclarent vouloir manger plus sainement. Le sport arrive aussi très haut, avec 71 % des répondants qui envisagent de faire de la gym, de la musculation ou une activité physique.

Darwin Nutrition insiste sur ce point : « On constate que les Français ont intégré un certain nombre de bonnes pratiques quand il s’agit de perdre du poids. Manger plus sain et faire du sport sont en effet les deux piliers les plus efficaces et surtout durables pour perdre du poids, ou en tout cas pour se sentir mieux dans son corps. »

Mais l’étude rappelle aussi que près de la moitié des personnes souhaitant maigrir avant l’été envisagent encore un régime strict. Cette option concerne 47 % des répondants, et 50 % des femmes. Le vocabulaire a changé, les méthodes se sont diversifiées, mais la logique de contrôle alimentaire reste bien présente.

Autre donnée à surveiller : les médicaments de type GLP-1, souvent associés dans le débat public à l’Ozempic. Cette option reste minoritaire : 10 % des personnes souhaitant perdre du poids avant l’été déclarent l’envisager. Mais elle monte davantage chez certains publics, notamment les jeunes femmes, les habitantes de l’agglomération parisienne et les fortes consommatrices de contenus beauté ou fitness. Pour l’instant, il ne s’agit pas d’un phénomène de masse, mais le sujet s’installe dans les pratiques et les imaginaires.

Cette enquête met donc en lumière une tension très actuelle. D’un côté, les Français sont plus informés, parlent davantage de santé, d’alimentation équilibrée, de sport et d’acceptation de soi. De l’autre, ils semblent plus exposés que jamais à des normes corporelles élevées, alimentées par les réseaux sociaux, les influenceurs, les images retouchées et désormais parfois les influenceurs générés par intelligence artificielle.

Pour un acteur comme Darwin Nutrition, le message est double. Il ne s’agit pas de nier l’envie de se sentir mieux dans son corps, ni de culpabiliser ceux qui veulent perdre du poids. Mais l’étude montre que la frontière entre démarche de santé, recherche de bien-être et pression esthétique reste fragile. C’est précisément là que se joue le débat contemporain : comment promouvoir une alimentation plus saine et une activité physique régulière sans renforcer la culpabilité individuelle ni l’obsession de la silhouette ?

Au fond, le summer body n’a pas disparu. Il s’est adapté. Il se présente moins souvent sous la forme du régime brutal d’avant vacances, et davantage sous celle du « manger sain », du sport, du suivi de soi et de l’optimisation personnelle. Le body positive a changé les discours. Il n’a pas encore transformé en profondeur le rapport des Français à leur poids.

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