Intelligence artificielle : le signal d’alarme existe, le krach annoncé beaucoup moins

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Une mise en garde spectaculaire circule : Goldman Sachs aurait déclaré que la bulle de l’intelligence artificielle était déjà plus vaste que celle d’Internet en 2000 et de l’immobilier américain en 2008. Après vérification, la formule est abusive. La banque estime plutôt que l’IA ne reproduit pas encore tous les déséquilibres des grandes bulles, même si plusieurs signes de surchauffe apparaissent. Le premier est incontestable. L’investissement technologique américain, rapporté au PIB, a dépassé le sommet des années 1990. En six mois, les projets de dépenses des grands groupes du cloud ont été relevés de près de 50 %. Goldman estime que les entreprises liées à l’IA ont gagné environ 27 000 milliards de dollars de capitalisation depuis novembre 2022, contre 9 000 milliards pour son estimation centrale des profits futurs. Pour justifier l’écart, il faut supposer une adoption rapide et des marges durablement exceptionnelles.

Deuxième alerte : les financements circulaires. Nvidia investit dans des laboratoires et des centres de données qui deviennent souvent ses clients. Rien d’illégal. Mais lorsque le vendeur finance indirectement l’acheteur, le chiffre d’affaires peut paraître plus autonome qu’il ne l’est. Le fabricant de puces a considérablement accru ses prises de participation dans l’écosystème de l’IA et développe désormais des mécanismes de soutien financier et de partage de revenus avec des opérateurs de capacités informatiques. Le cercle reste vertueux tant que les capitaux affluent ; il peut se retourner lorsqu’ils se raréfient.

Le troisième signal vient du crédit. Les émissions obligataires associées à l’IA auraient presque doublé sur un an, autour de 270 milliards de dollars. JPMorgan, Morgan Stanley et d’autres banques cherchent bien à céder ou partager une partie des prêts consentis aux centres de données. Parler d’une fuite secrète est trompeur : il s’agit aussi de répartir des montants devenus trop lourds et de libérer de la capacité pour financer les opérations suivantes. La pratique est classique.

Le marché obligataire commence néanmoins à demander son dû. SpaceX a levé 25 milliards de dollars après son introduction en Bourse. Quelques semaines plus tard, son obligation à trente ans se traitait autour de 91 % du nominal, son rendement étant passé de 6,7 % à 7,4 %. Cette baisse proche de 9 % signale une exigence accrue du crédit, sans prouver l’imminence d’un krach. Elle rappelle simplement que le prêteur, contrairement à l’actionnaire enthousiaste, ne participe guère aux rêves : il veut être remboursé.

Goldman Sachs déclarait encore en mai ne pas considérer l’IA comme une bulle, tout en redoutant de violentes corrections amplifiées par les produits à effet de levier. Goldman observe donc qu’un seul des quatre grands déséquilibres de la bulle Internet est pleinement présent : l’explosion de l’investissement. Les profits et les bilans restent solides. Mais la banque évoque une possible « bulle de bénéfices » : le marché pourrait prolonger trop loin des revenus exceptionnels nourris par des dépenses d’équipement tout aussi exceptionnelles. Lorsque celles-ci ralentiront, les vendeurs de pelles et de pioches ne conserveront pas tous leurs marges de chercheurs d’or.

Pour l’investisseur, la prudence consiste moins à vendre toute la technologie qu’à mesurer son exposition aux semi-conducteurs, aux centres de données et au crédit privé, à éviter l’effet de levier et à privilégier les entreprises disposant de clients et de trésorerie hors du seul écosystème de l’IA. Le chemin de fer, l’électricité et Internet ont changé le monde ; cela n’a jamais empêché leurs premiers financiers de perdre beaucoup d’argent.

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