Goldman Sachs avait parié sur l’Espagne… et son modèle a presque tout bon

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L’Espagne est championne du monde 2026 après avoir battu l’Argentine 1-0 au terme des prolongations. Une victoire sportive, bien sûr. Mais aussi une jolie publicité pour Goldman Sachs, qui avait annoncé ce scénario dès le 29 mai, six semaines avant le début de la compétition. La banque américaine ne s’était pas contentée de désigner vaguement quelques favoris. Son modèle avait placé l’Espagne en tête avec 26 % de chances de gagner, devant la France à 19 %, l’Argentine à 14 %, le Brésil à 8 % et l’Angleterre à 5 %. Il avait également anticipé une demi-finale France-Espagne, puis une finale entre l’Espagne et l’Argentine, remportée par la Roja.

Autrement dit, pour une fois, les économistes ne viennent pas expliquer après coup pourquoi l’événement était inévitable. Ils avaient publié leur scénario avant le tournoi.

Un modèle économique appliqué au football

Derrière cette prévision, il n’y a pas de magie. Goldman Sachs a travaillé sur près de 20 000 matchs internationaux disputés depuis 1978. Le modèle repose notamment sur le classement Elo, créé à l’origine pour classer les joueurs d’échecs, mais désormais utilisé pour mesurer la force réelle des équipes en tenant compte de leurs résultats et du niveau de leurs adversaires.

L’Espagne partait avec un avantage clair : elle occupait la première place de ce classement, disposait d’un fort potentiel offensif et arrivait dans la compétition avec une bonne dynamique. La banque ne s’est toutefois pas arrêtée aux performances passées. Elle a intégré la forme récente, le nombre de grands buteurs présents dans chaque sélection, les buts marqués et encaissés lors des derniers matchs, mais aussi des critères plus inattendus.

L’altitude des stades, la température, les distances parcourues ou encore l’écart climatique entre le pays d’origine d’une équipe et le lieu de la rencontre faisaient partie du calcul. Jouer en altitude au Mexique, par exemple, ne produit pas les mêmes effets selon que l’on vient d’un pays habitué ou non à ces conditions.

Les économistes ont même introduit une variable psychologique : le « syndrome du champion sortant ». Historiquement, les tenants du titre réalisent souvent une Coupe du monde moins brillante quatre ans plus tard. L’Argentine, championne en 2022, partait donc avec un handicap statistique.

La France, elle, possédait les talents offensifs pour aller très loin, mais son parcours probable l’obligeait à affronter l’Espagne dès les demi-finales. L’Argentine bénéficiait d’un tableau plus favorable, avec une rencontre contre la Roja seulement en finale. Ce détail a pesé lourd dans les probabilités.

Goldman Sachs a ensuite fait tourner 50 000 simulations. C’est le même principe que dans la finance : on ne prétend pas connaître exactement l’avenir, mais on teste des milliers de scénarios pour mesurer lesquels sont les plus probables.

À la veille de la finale, la banque restait fidèle à son choix initial. Elle donnait encore 61,5 % de chances de victoire à l’Espagne, contre 38,5 % à l’Argentine. Le score final lui a donné raison.

Les statistiques n’ont pas tué le hasard

Faut-il en conclure qu’un ordinateur peut désormais prévoir une Coupe du monde ? Pas vraiment. Le football reste un jeu où un carton rouge, une blessure, une erreur du gardien ou un ballon sur le poteau peuvent détruire en quelques secondes le modèle le plus sophistiqué.

Goldman Sachs reconnaissait d’ailleurs les limites de son travail. Il évaluait mal la qualité des gardiens, la profondeur d’un milieu de terrain, l’expérience d’un sélectionneur ou la capacité d’une équipe à résister à la pression d’une séance de tirs au but.

Surtout, donner 26 % de chances de victoire à l’Espagne ne signifiait pas annoncer une certitude. Dans près de trois simulations sur quatre, une autre équipe gagnait le tournoi. C’est précisément ce que l’on oublie souvent lorsque l’on parle de probabilités : un événement peut être le plus probable sans être majoritaire.

La vraie réussite de Goldman Sachs n’est donc pas d’avoir découvert une formule magique. Elle est d’avoir construit une méthode assez robuste pour identifier la meilleure équipe, anticiper les deux finalistes et comprendre l’importance du tableau, de la forme et des conditions de jeu.

La leçon vaut aussi pour l’économie et l’investissement. Un modèle sérieux ne supprime jamais le risque. Il permet simplement de prendre une décision avec un peu plus d’informations et un peu moins d’instinct. Cette fois, les chiffres ont vu juste. Et les joueurs espagnols se sont chargés de transformer la probabilité en victoire.

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