La première édition du Prix des Citations s’est tenue à Paris, placée sous le haut patronage du Président de la République, afin de retenir ce qui, dans le flot continu des paroles publiques, mérite encore d’être transmis. Créé par l’entrepreneur Frédéric Mazzella, le Prix des Citations repose sur une idée ancienne sous une forme contemporaine : reconnaître la puissance d’une formule. Depuis les maximes de La Rochefoucauld jusqu’aux aphorismes de Chamfort, la France sait que les civilisations se lisent aussi dans leurs phrases. Certaines éclairent, d’autres blessent, quelques-unes consolent ; les meilleures ont ce privilège rare de paraître plus grandes que celui qui les prononce.
La cérémonie, animée par Caroline Vigneaux et Frédéric Mazzella, a donné lieu à une délibération collective. Les invités, répartis par tables thématiques, ont découvert les citations finalistes retenues par le comité de sélection, avant de voter en direct pour désigner les lauréates. Au terme de cette soirée, une formule de Mark Carney a été désignée « citation de l’année » dans la catégorie Politique et Géostratégie : « Les puissances intermédiaires doivent agir ensemble, car si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu. » La phrase vaut par sa brutalité élégante. Elle dit, en peu de mots, la nouvelle dureté du monde et la place incertaine des nations qui ne veulent ni dominer ni disparaître.
Le palmarès 2026 dessine aussi un portrait moral de l’époque. Étienne Klein interroge le rapport entre intelligence artificielle et créativité humaine : « Est-ce que les machines vont doper notre paresse naturelle ou est-ce qu’au contraire elles vont exciter notre créativité intellectuelle ? » Bertrand Piccard, fidèle à son goût de l’aventure maîtrisée, rappelle que « l’aventure est une crise qu’on accepte, la crise est une aventure qu’on refuse ». Julie Huguet reçoit le prix Économie et Entreprises avec une formule sur l’audace entrepreneuriale : « Entreprendre, c’est souvent suivre une curiosité que les autres prennent pour de l’inconscience. »
La soirée a surtout pris une dimension particulière avec l’hommage rendu à Edgar Morin, disparu le 29 mai dernier à l’âge de 104 ans. Le philosophe et sociologue de la modernité a été récompensé dans plusieurs catégories, comme si cette première édition avait voulu saluer, au-delà de l’actualité, une vie entière consacrée à penser la complexité. Parmi les phrases retenues figurent notamment : « Le renoncement au meilleur des mondes n’est nullement le renoncement à un monde meilleur » ou encore « La vie n’est supportable que si l’on y introduit non pas de l’utopie mais de la poésie. » Chez Morin, la citation n’est jamais seulement une pirouette : elle est une manière de tenir ensemble l’inquiétude et l’espérance.
Le prix Arts et Culture distingue une phrase attribuée à Alain Ducasse et reprise par Yoann Conte : « On vit très bien sans les étoiles, mais on vit mieux avec. » Elle parle évidemment de gastronomie, mais elle dépasse la table. Elle rappelle que le luxe véritable n’est pas toujours dans l’excès, mais dans ce supplément d’âme qui élève la vie ordinaire.
Plus inattendues, deux catégories consacrent le langage contemporain : « Un banger » pour l’expression virale et « Prompter » pour le mot nouveau iconique.
Le Prix de l’Enjeu, consacré cette année à la sécurité écologique, revient à une formule devenue presque proverbiale : « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants », attribuée ici à Antoine de Saint-Exupéry citant un proverbe africain dans Terre des hommes. La phrase a traversé les générations parce qu’elle dit simplement ce que les rapports scientifiques peinent parfois à rendre sensible : la responsabilité n’est pas une abstraction, c’est une dette envers ceux qui viennent.
Selon les organisateurs, le Prix des Citations a vocation à devenir un rendez-vous annuel, avec une nouvelle collecte nationale lancée en vue de l’édition 2027.

