Pourquoi la crise d’Ormuz inquiète aussi les fabricants de médicaments

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À première vue, le lien n’est pas évident. Une crise militaire au Moyen-Orient, un détroit stratégique sous tension, des navires ralentis ou déroutés, et, au bout de la chaîne, le prix de production des médicaments en Europe. C’est pourtant l’un des effets économiques les plus sensibles de la crise actuelle autour du détroit d’Ormuz. Depuis la fin février 2026, les tensions régionales perturbent l’un des passages maritimes les plus importants du commerce mondial de l’énergie. Une part significative du pétrole et du gaz naturel liquéfié y transite. Or l’industrie pharmaceutique, même lorsqu’elle fabrique des produits de santé très éloignés en apparence de l’univers pétrolier, dépend encore largement de cette chaîne énergétique et chimique.

Les médicaments nécessitent des solvants, des résines, des plastiques médicaux, des emballages, des principes intermédiaires et de nombreux composants issus, directement ou indirectement, du pétrole ou du gaz. Quand le Brent dépasse 90 dollars et que les coûts de transport explosent, la facture se diffuse donc rapidement dans les usines. Selon CDMO France et le Leem, les tensions actuelles pourraient entraîner une hausse des coûts de production de 12 % à 18 % pour certaines activités chimiques et de 4 % à 6 % pour les productions pharmaceutiques.

Le sujet est d’autant plus sensible que le médicament n’est pas un produit de consommation classique. En France, son prix est encadré. Les industriels ne peuvent donc pas répercuter automatiquement les hausses de coûts, comme peuvent le faire d’autres secteurs. Pour les médicaments anciens, les génériques ou les produits à faible marge, l’équation devient vite compliquée : si produire coûte plus cher mais que le prix reste inchangé, certaines lignes deviennent moins rentables. C’est là que la crise énergétique rejoint la question de souveraineté sanitaire. Depuis la pandémie, la France et l’Europe affirment vouloir relocaliser ou sécuriser une partie de la production pharmaceutique. Mais cette ambition se heurte à une réalité simple : une usine ne fonctionne durablement que si son modèle économique tient. À défaut, les industriels peuvent être tentés de produire ailleurs, dans des zones où l’énergie, la main-d’œuvre ou les contraintes réglementaires sont moins coûteuses.

Le risque n’est donc pas seulement financier. Il touche directement l’approvisionnement. Les médicaments matures, souvent indispensables au quotidien, sont parfois ceux dont la rentabilité est la plus faible. Ce sont aussi ceux qui peuvent disparaître les premiers des catalogues si les surcoûts deviennent impossibles à absorber.

CDMO France et le Leem appellent ainsi à mieux intégrer les chocs énergétiques et logistiques dans la régulation des prix, au moins temporairement. Derrière cette demande, il y a une idée simple : on ne peut pas vouloir produire davantage en Europe tout en laissant les industriels absorber seuls les conséquences de crises géopolitiques majeures. La crise d’Ormuz rappelle finalement une évidence trop souvent oubliée : la sécurité du médicament ne dépend pas seulement des laboratoires ou des pharmacies. Elle commence aussi dans les ports, les routes maritimes, les usines chimiques et les arbitrages industriels. Dans un monde plus instable, la souveraineté sanitaire devra aussi apprendre à compter le coût réel de la production.

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