Michael Padilla : « Être bien placé sur Google ne suffit plus pour être visible dans ChatGPT »

0

Une étude de Seeders sur 147 licornes européennes montre que la visibilité dans les IA conversationnelles dépend surtout de la richesse du contenu disponible en ligne.

La visibilité numérique entre dans une nouvelle phase. Pendant longtemps, la priorité des entreprises était claire : apparaître le plus haut possible dans Google. Mais l’arrivée de ChatGPT, Perplexity, Copilot ou Gemini modifie les usages. Une partie des internautes ne cherche plus seulement une liste de liens. Elle attend une réponse directe, synthétique, argumentée.

C’est dans ce contexte que Seeders, agence européenne spécialisée dans le netlinking et la visibilité digitale, a étudié 147 licornes présentes dans 12 marchés européens. L’objectif était simple : comprendre si les entreprises bien référencées sur Google sont aussi celles qui ressortent le plus souvent dans les réponses des intelligences artificielles.

Michael Padilla, online marketer chez Seeders, résume l’enjeu par une question : « Être bien positionné sur Google garantit-il une visibilité sur ChatGPT ? » La réponse de l’étude est nuancée. Le référencement naturel reste important, mais il ne suffit plus à expliquer la présence d’une marque dans les réponses générées par les IA.

L’enseignement principal est assez net : le nombre de mots-clés organiques positionnés sur Google apparaît beaucoup plus déterminant que la seule autorité du site. Autrement dit, une entreprise qui couvre largement son univers sémantique, avec des contenus nombreux et bien référencés, a davantage de chances d’être citée par les IA conversationnelles.

Le cas de ManoMano illustre cette évolution. La marketplace française spécialisée dans le bricolage et le jardinage arrive en tête en France dans l’étude. Elle est associée à plus de 225 000 mots-clés organiques et totalise plus de 10 000 citations dans les réponses IA. Cette performance s’explique en grande partie par la nature de son contenu.

ManoMano ne propose pas seulement des pages produits. Le site publie aussi des guides, des tutoriels, des comparatifs et des conseils pratiques. Ces contenus répondent à des questions concrètes : comment choisir un outil, comment réaliser un aménagement, comment comparer deux équipements. Pour les moteurs d’IA, ce type de contenu est particulièrement utile, car il fournit du contexte, des explications et des éléments faciles à intégrer dans une réponse.

L’étude montre donc que les IA ne valorisent pas uniquement la notoriété d’une marque ou la puissance technique d’un domaine. Elles semblent privilégier les sites capables d’apporter une information structurée, explicative et exploitable. C’est une différence importante avec une partie du SEO traditionnel, longtemps centré sur la performance des pages, les liens et le trafic.

Le contraste avec Doctolib est l’un des points les plus intéressants de l’étude. La plateforme de prise de rendez-vous médicaux dispose d’un trafic très élevé et d’une forte autorité en ligne. Pourtant, elle reste très peu citée par les IA, avec seulement 163 citations relevées. Ce résultat ne remet pas en cause la puissance de Doctolib sur son marché. Il montre plutôt que son usage est différent.

Doctolib répond d’abord à un besoin fonctionnel : prendre rendez-vous avec un professionnel de santé. Ce type de service génère beaucoup de trafic, mais il produit moins de contenu informatif directement exploitable par les modèles de langage. Une IA conversationnelle a davantage tendance à citer une source qui explique un sujet qu’une plateforme qui sert surtout à accomplir une action.

La distinction est donc stratégique. Google reste très performant pour les recherches locales, transactionnelles ou pratiques : trouver un médecin, réserver un service, acheter un produit précis. Les IA conversationnelles progressent, elles, sur les recherches de conseil, de comparaison, d’explication ou d’aide à la décision.

Pour les entreprises, la conséquence est claire : il ne s’agit pas d’abandonner le SEO classique, mais de l’adapter. Être visible dans Google reste nécessaire. Mais pour apparaître dans les réponses de ChatGPT ou de Perplexity, il faut aussi produire du contenu utile, clair, documenté et suffisamment riche pour être repris par les modèles d’IA.

Cette évolution donne une place nouvelle au contenu éditorial. Les marques qui se contentent de pages commerciales ou de parcours de réservation risquent d’être moins visibles dans les réponses génératives. À l’inverse, celles qui expliquent leur métier, publient des guides, répondent aux questions des utilisateurs et structurent bien leurs contenus peuvent gagner un avantage.

L’étude de Seeders ne prétend pas établir une relation de causalité directe. Elle met en évidence des corrélations à partir de données collectées en mai 2026, notamment via Ahrefs et Ahrefs AI Citations. Mais elle confirme une tendance déjà perceptible : la visibilité en ligne ne se limite plus au classement dans les moteurs de recherche.

Avec l’essor des IA conversationnelles, les entreprises doivent désormais penser leur présence numérique sur deux terrains. Le premier reste celui du SEO, indispensable pour capter l’intention de recherche. Le second est celui de la visibilité générative, où la qualité des contenus, leur précision et leur valeur explicative deviennent des critères essentiels.

Dans ce nouveau paysage, les gagnants ne seront pas forcément les sites les plus puissants, mais ceux qui seront les plus utiles. Pour les marques, c’est un changement de méthode autant qu’un changement de culture : il ne suffit plus d’attirer du trafic, il faut aussi devenir une source de référence.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici