L’hôtel reprend du galon

0

Il y a dix ans, on nous expliquait qu’Airbnb allait tuer l’hôtellerie. La sentence paraissait irrévocable : le particulier louerait moins cher, avec plus de charme, et l’industrie n’aurait qu’à s’adapter ou mourir. Dix ans plus tard, le vent tourne. Une étude publiée le 4 juin par Catella France, réalisée avec l’institut YouGov, remet les pendules à l’heure. Sur la question des arbitrages entre hôtel et location courte durée, les Français se révèlent beaucoup moins convertis qu’on ne le croyait. Certes, la plateforme de location saisonnière s’est imposée dans les usages. Mais son emprise repose sur un seul pilier : le prix. Fragilisez ce pilier, et l’édifice vacille.

Les chiffres sont sans ambiguïté. En cas de hausse des prix des locations courte durée, 34 % des Français déclarent qu’ils se tourneraient vers l’hôtel. 29 % arbitreraient selon les situations. Et seuls 10 % resteraient fidèles à la location quoi qu’il arrive. La majorité des utilisateurs est donc captive du rapport qualité-prix, non d’une conviction profonde. Près des deux tiers des sondés se disent ouverts à une alternative hôtelière si les prix augmentent, chiffre qui monte à 74 % chez les CSP+.

Cette fragilité de la location courte durée n’est pas seulement conjoncturelle. Elle est désormais structurelle. La loi Le Meur, promulguée fin 2024 et dont les effets se déploient tout au long de 2026, a abaissé l’abattement fiscal des meublés touristiques à 30 % avec un plafond de 15 000 euros, tout en renforçant les pouvoirs des communes et des copropriétés pour limiter ou encadrer ce type de location. Un enregistrement généralisé en mairie entre en vigueur à mi-2026, avec des sanctions renforcées pour les contrevenants. Pour les propriétaires qui avaient fait de leur résidence secondaire une machine à cash saisonnier, le calcul commence à être moins évident.

L’étude Catella le confirme en creux : 46 % des Français souhaitent un durcissement de la réglementation sur les locations courte durée. À Paris, le phénomène est déjà mesurable. Selon l’Atelier parisien d’urbanisme, les annonces de locations courte durée sont revenues à 54 000 en octobre 2025, après un pic de 79 000 à l’été 2024. La pression réglementaire produit ses effets. En province, dans les destinations touristiques les plus prisées – littoral atlantique, Méditerranée, montagne – les mêmes tensions se jouent, avec les mêmes arbitrages à venir.

Le retour à la valeur sûre

L’étude pointe quelque chose que les hôteliers savent depuis toujours mais que l’époque avait tendance à minimiser : l’hôtel répond à des besoins concrets. Un tiers des sondés choisissent l’hôtel pour les séjours courts, un tiers pour les prix compétitifs, plus d’un quart pour les services inclus. Dans un monde où le voyageur arrive fatigué et veut qu’on s’occupe de lui, l’appartement avec son boîtier à code et son ménage supplémentaire facturé 45 euros a ses limites. Ce n’est pas un hasard si les investisseurs le ressentent. Des acteurs jusqu’ici éloignés de l’hôtellerie – promoteurs immobiliers, fonds d’infrastructure, groupes familiaux – engagent des projets dans les destinations touristiques de premier rang. Le segment quatre étoiles et haut de gamme concentre l’essentiel des ouvertures prévues pour 2026, avec une attention particulière aux stations balnéaires et aux villes moyennes dotées d’un fort potentiel de clientèle mixte loisirs-affaires.

Un modèle hybride qui s’impose

C’est là l’autre enseignement de l’étude : l’hôtel n’est plus seulement choisi pour ses prestations traditionnelles. Il l’est aussi pour sa capacité à accueillir des séjours de toutes natures… professionnels, mixtes, longue durée. La cohabitation entre voyageurs de loisirs et clientèle d’affaires est globalement bien perçue : 46 % des Français estiment qu’elle n’a aucun impact négatif sur leur séjour, et 13 % y voient même un avantage en matière d’animation et de services.

Pour les hôteliers qui savent manier ce double registre — séminaires en intersaison, familles l’été, couples en week-end toute l’année, la période qui s’ouvre est une opportunité réelle. La recomposition du marché leur redonne des marges de manœuvre qu’ils avaient perdues face à l’explosion des plateformes. Un Français sur deux a certes déjà renoncé à l’hôtel, principalement pour des raisons de prix. Ce renoncement traduit moins un désintérêt pour le modèle qu’une difficulté croissante d’accès, liée à la hausse des tarifs, près de 9 % en 2024 selon les données sectorielles. Mais c’est précisément là que le rééquilibrage en cours trouve sa logique : si les prix de la location courte durée convergent vers ceux de l’hôtellerie sous l’effet de la fiscalité et de la réglementation, la donne change. Et les Français, pragmatiques, choisiront la valeur sûre.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici