À Lacoste, le Festival Pierre Cardin fait revivre les carrières du marquis de Sade

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Il y a des lieux qui donnent d’emblée une profondeur particulière au spectacle. Les carrières de pierre du château du marquis de Sade, à Lacoste, dans le Luberon, font partie de ceux-là. Du 16 au 25 juillet 2026, elles accueilleront la 25e édition du Festival Pierre Cardin, rendez-vous désormais bien installé dans le paysage culturel de l’été.

Créé il y a vingt-six ans par Pierre Cardin, ce festival porte encore la marque de son fondateur : le goût des croisements, le sens de la scène, l’attention portée aux jeunes artistes comme aux interprètes déjà consacrés. Le couturier, qui avait fait de Lacoste l’un de ses lieux d’élection, avait compris très tôt la puissance de ce décor minéral, à la fois austère et théâtral. On y joue presque sous la protection des pierres, dans ce village associé à l’une des figures les plus sulfureuses de la littérature française, le marquis de Sade.

Aujourd’hui, Rodrigo Basilicati-Cardin, qui dirige la maison Pierre Cardin, poursuit cette histoire. L’édition 2026 sera notamment marquée par l’accueil du public dans les gradins entièrement rénovés des carrières. Ce n’est pas un détail. Dans un festival de plein air, le confort du spectateur compte autant que la beauté du site. Il permet de mieux recevoir la diversité d’une programmation qui réunit cette année musique, théâtre, danse, cinéma et performance.

Le Festival Pierre Cardin a toujours cultivé cette liberté de ton. Il n’est pas un festival monolithique, attaché à un seul genre. Il préfère la circulation entre les arts, comme si la couture de Pierre Cardin, elle-même construite sur les lignes, les volumes et les ruptures, trouvait ici son prolongement naturel dans les arts vivants.

La musique ouvrira largement le champ. Le pianiste de jazz Ted Rosenthal, lauréat du concours Thelonious Monk, apportera la rigueur et l’invention d’une grande tradition américaine. Le jazz, on le sait, est un art de la mémoire et de l’instant : il dialogue avec les maîtres, mais il ne vit vraiment que lorsqu’il se risque dans l’improvisation. La présence de Ted Rosenthal inscrit donc le festival dans une filiation exigeante.

Autre registre, autre public peut-être, avec Charles Doré, révélé par la Star Academy. Le festival fait ici le choix d’un visage plus populaire, dans une logique d’ouverture à de nouvelles générations. Sheila sera également à l’affiche. Icône de la chanson française puis du disco, elle incarne une part de la mémoire populaire du pays. Son répertoire traverse les âges, parce qu’il appartient à cette culture commune qui échappe parfois aux hiérarchies trop strictes entre le savant et le populaire.

Le théâtre occupera aussi une place importante avec Jean-Paul Rouve dans Le Bourgeois gentilhomme. Le choix de Molière n’est jamais neutre. Cette comédie-ballet, créée en 1670 pour la cour de Louis XIV, reste l’une des satires les plus vives de la vanité sociale. Monsieur Jourdain veut acheter les codes de l’aristocratie comme on achète un habit. Trois siècles et demi plus tard, la pièce parle encore à notre époque, où le désir de paraître n’a guère disparu. Jean-Paul Rouve sera accompagné notamment d’Eléonora Galasso dans le rôle de Dorimène, d’Hugues Delamarlière en Covielle et de Gauthier Battoue dans les rôles de Cléonte et du maître de musique.

Vincent Dedienne proposera pour sa part un spectacle mêlant humour et chansons. Là encore, le festival mise sur un artiste capable de passer d’un registre à l’autre, entre la scène, le récit, la confidence et la fantaisie. C’est souvent dans ces formes hybrides que le spectacle vivant retrouve son adresse la plus directe au public.

La langue française aura également son moment avec Joyeusetés et bizarreries de la langue française, porté par Cyrielle Clair. Le spectacle s’annonce comme une promenade dans les jeux de mots, les traits d’esprit et le langage corporel. Ce type de proposition rappelle que la langue n’est pas seulement un outil de communication. Elle est aussi un patrimoine, un terrain de jeu, une mémoire collective, parfois drôle, parfois étrange, toujours révélatrice de notre manière de penser.

La danse, elle aussi, sera fortement représentée. Julien Lestel présentera une adaptation contemporaine et féministe de Carmen. On connaît la puissance du mythe : Carmen, depuis Mérimée et Bizet, est l’une de ces figures que chaque époque relit à sa façon. Le regard contemporain porté par Julien Lestel promet de déplacer le centre de gravité du récit, en donnant une nouvelle présence au personnage féminin. Le chorégraphe, formé à l’École de danse du Ballet de l’Opéra national de Paris puis au Conservatoire national supérieur de Paris, s’inscrit dans une tradition classique qu’il travaille aujourd’hui avec les outils de la danse contemporaine.

Autre proposition chorégraphique, Helikopter & Torpeur, pièce pour six danseurs mise en scène par Angelin Preljocaj. Le spectacle confronte le corps humain à un univers sonore et visuel saturé par le bruit et les images d’hélicoptères. Chez Preljocaj, le corps n’est jamais seulement décoratif. Il est traversé par les tensions du monde, par les secousses de l’histoire, par les violences et les vertiges de la modernité. Dans les carrières de Lacoste, cette expérience devrait trouver une résonance particulière.

Le cinéma complétera la programmation avec une soirée en entrée libre. Sept courts métrages seront en compétition pour le prix du jury et le prix du public. La soirée se poursuivra avec la projection de Partir un jour, d’Amélie Bonnin, porté par Juliette Armanet et Bastien Bouillon. Le film, récompensé par le César du meilleur court métrage de fiction en 2024, a ensuite donné lieu à une adaptation en long métrage, présentée au Festival de Cannes en 2025.

Des projections sur le thème « Symphonie de l’espace » seront également proposées du 13 au 20 juillet. Ce détour par le cinéma élargit encore le périmètre du festival, fidèle à son esprit d’origine : ne pas enfermer la création dans des catégories étanches.

À Lacoste, le Festival Pierre Cardin demeure donc un objet singulier. Il n’a pas la monumentalité des très grands festivals d’été, ni la froide spécialisation de certaines manifestations. Il joue plutôt la carte d’un lieu, d’une mémoire et d’un mélange des disciplines. C’est peut-être là son identité la plus forte : faire dialoguer les arts dans un décor qui impose naturellement le respect, mais sans jamais tourner le dos au plaisir du public.

La 25e édition se tiendra du 16 au 25 juillet 2026, chemin du château, à Lacoste. La billetterie est ouverte sur le site du festival : www.festivalpierrecardin.com.

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